Pourquoi penser que l’allaitement protège du cancer du sein ?
Dans la mesure où l’allaitement maternel exclusif a une forte composante hormonale, il est légitime de penser qu’il puisse influencer le développement du cancer du sein. La variation géographique de la prévalence du cancer du sein est d’ailleurs corrélée aux pratiques de l’allaitement : elle est moindre dans les régions où l’allaitement est le plus répandu.
Plusieurs travaux se sont focalisés sur le rôle protecteur que pourrait procurer l’allaitement maternel. Mais il n’est pas toujours clair de voir l’influence de l’allaitement seul. Essayons de faire le point sur la littérature scientifique.
Que disent les études sur le lien entre allaitement et protection contre le cancer du sein ?
Une méta-analyse (publication qui passe en revue, trie et analyse toutes les études publiées sur une question en tirant les conclusions qui s’imposent) est parue en 2017 et fait un bon tour de la question. Cette étude-synthèse a été réalisée par des chercheurs Mexicains (Centre de Recherche sur la santé et la nutrition de l’Institut National de Santé Publique) et publiée dans Journal of Human Lactation.
Elle indique que le fait d’avoir allaité était bien associé à une diminution du risque de développer une tumeur cancéreuse (à la fois les tumeurs possédant des récepteurs hormonaux mais aussi des cancers dits « triple négatif » dépourvus des récepteurs classiques particuliers et pour lesquels les thérapies ont moins d’impact).
Voyons dans les détails ce qu’il en est. L’ensemble des études passées en revue pour répondre à la question (en tout 65 sur presque 2000 articles recensés au départ) ont toutes été publiées entre 2005 et 2015.
Il s’avère que les résultats des différentes études sont assez hétérogènes quand on les regarde globalement. En analysant plus finement, les auteurs observent que les études ne distinguent pas souvent l’allaitement exclusif de l’allaitement mixte. D’autre part, il est assez difficile d’isoler le seul « facteur allaitement » et notamment de s’affranchir de l’effet protecteur de la grossesse. Néanmoins, en faisant un tri plus affiné sur la qualité des études (celles qui font un ajustement statistique pour étudier l’influence de l’allaitement indépendamment des autres facteurs) et en regardant l’effet dose/réponse, il est possible de tirer quelques conclusions.
En ne distinguant pas les résultats entre l’allaitement exclusif et l’allaitement mixte, la diminution du risque est de l’ordre de 12% (pré-ménopause) et 14 % (post-ménopause). Il est important de souligner ici, que les effets portent autant sur les cancers en pré et post ménopause : or, les cancers les plus agressifs se présentent souvent plutôt en période pré-ménopause et l’allaitement reste protecteur dans ces cas de figure.
Un résultat vraiment important souligné par cette méta-analyse est assez nouveau dans la mesure où il concerne l’allaitement exclusif. Ainsi pour ces mamans, la diminution du risque relatif est de 28 % par rapport aux femmes qui n’ont jamais allaité. C’est pratiquement une diminution de 1/3 du risque.
Un effet dose-réponse a aussi pu être mis en évidence : plus la durée d’allaitement est grande, plus les risques diminuent, bien que la réduction ne soit pas linéaire. La diminution est plus accentuée autour des 6 mois d’allaitement (durée habituelle de l’allaitement exclusif) et après 12 mois.
Les mécanismes de protection du cancer du sein connus de l’allaitement