Nouveau-né tétant le colostrum de sa mère

Le colostrum : le premier dialogue biologique entre la mère et son bébé

Par :   Consultantes GrandirNature.   |  Categories :   Les débuts de l'allaitement

Avant même que bébé ne soit né, votre corps prépare déjà son premier repas.

Bien avant la montée de lait, les seins se transforment et commencent à produire une substance précieuse : le colostrum. Épais, jaune doré, il est produit en quantité adaptée et constitue le tout premier aliment de votre bébé.

Le colostrum n'est pas un « lait en petite quantité » qui attendrait simplement que la montée de lait arrive. C'est un lait particulier, avec une composition propre à cette période très spécifique de la vie du nouveau-né.

Les premiers jours de vie, début de ce que l’on appelle le quatrième trimestre, constituent une période particulière : le nouveau-né découvre son environnement, respire, tète, avale et entre progressivement en contact avec une multitude de microorganismes. Ses premières expériences orales ne sont donc pas anodines. Elles participent à la rencontre entre son organisme, son alimentation et les microorganismes qui vont progressivement coloniser son tube digestif.

Quand le colostrum commence-t-il à être fabriqué ? 

La fabrication du colostrum commence pendant la grossesse. Les seins se préparent progressivement sous l'action de nombreuses hormones : les œstrogènes, la progestérone, la prolactine et d'autres hormones impliquées dans le développement de la glande mammaire et dans la lactation.

Des traces de colostrum sont ainsi produites dès le deuxième trimestre, autour de 16 semaines de grossesse chez certaines femmes.

Cela ne signifie pas forcément que vous verrez du colostrum s'écouler de vos seins. Certaines femmes remarquent quelques gouttes pendant la grossesse, d'autres absolument rien. L'absence d'écoulement n'est pas un signe que les seins ne produisent pas de colostrum ou qu'il n'y aura pas de lait après la naissance.

C'est simplement un processus physiologique qui se déroule souvent discrètement.

Un processus physiologique prévu par la nature

La grossesse prépare progressivement les seins à leur fonction nourricière. La glande mammaire se développe, les cellules capables de fabriquer le lait se spécialisent et, sous l'influence hormonale, la production de colostrum se met en place.

Après la naissance, le changement hormonal lié à l'expulsion du placenta permet ensuite à la production lactée d'évoluer progressivement vers ce que l'on appelle la lactogenèse II, souvent décrite par les mères comme la « montée de lait ».

Il est donc important de distinguer deux choses :

- La fabrication du colostrum, qui commence pendant la grossesse ;

- L’augmentation du volume de lait, qui survient après la naissance.

Le corps n'attend donc pas la naissance pour commencer à préparer l'alimentation de bébé.

Une mère après un accouchement par césarienne qui embrasse son bébé avec le papa souriant

Colostrum et microbiote : le rôle des premières tétées 

Le microbiote intestinal se construit progressivement au cours des premiers mois et des premières années de vie. Il est influencé par de nombreux facteurs : le mode d'accouchement, l'environnement, les traitements reçus, mais aussi et surtout l'alimentation. Le colostrum puis le lait maternel apportent au bébé non seulement des nutriments, mais également une grande diversité de molécules bioactives, dont des oligosaccharides qui participent à la sélection et au développement de certaines bactéries intestinales. 

Les premières expériences alimentaires contribuent ainsi à façonner un écosystème intestinal qui évoluera encore longtemps après la naissance.

Pourquoi le colostrum est-il si particulier ?

Durant ses premières heures et ses premiers jours, les besoins de bébé sont différents de ceux qu'il aura quelques semaines plus tard. Le colostrum est donc particulièrement concentré et adapté à cette période particulière de début de vie.

Il contient notamment :

- des protéines ;

- des immunoglobulines, en particulier des IgA sécrétoires ;

- de la lactoferrine ;

- du lysozyme ;

- des cellules immunitaires, comme des macrophages et des lymphocytes ;

- différents facteurs de croissance impliqués dans la maturation et la protection des muqueuses ;

- des glucides, des lipides, des vitamines, des minéraux et de nombreux autres composants biologiquement actifs.

Les IgA sécrétoires jouent un rôle important dans la protection des muqueuses du bébé. La lactoferrine et le lysozyme participent également aux mécanismes de défense contre les agents infectieux.

Le colostrum est donc à la fois un aliment, une protection et un soutien au développement du nouveau-né.

Un colostrum qui s'adapte au bébé, même prématuré 

L'un des aspects particulièrement fascinants de la lactation humaine est que le lait maternel n'est pas une substance parfaitement identique d'une femme à l'autre, ni même d'un moment à l'autre.

Sa composition évolue au fil du temps et elle peut également être influencée par différents paramètres, notamment le terme de naissance.

On observe par exemple des différences entre le colostrum des mères ayant accouché prématurément et celui des mères ayant accouché à terme. Plusieurs études ont retrouvé, dans le colostrum destiné aux bébés prématurés, des concentrations plus importantes de certaines protéines immunitaires ainsi qu'un nombre plus élevé de certaines cellules immunitaires.

Une étude comparant différents degrés de prématurité a notamment retrouvé davantage de molécules de défense dans le lait des mères ayant accouché prématurément, tandis que d'autres composants pouvaient varier différemment selon le terme.

Cela ne signifie pas que le colostrum d'un bébé né à terme serait « moins bon ». Il est simplement adapté à une situation biologique différente.

Un bébé né très prématurément n'a pas les mêmes besoins physiologiques qu'un bébé né à 40 semaines. Ses intestins sont plus immatures, son système immunitaire doit encore se développer et ses capacités digestives sont différentes.

Le lait maternel, accompagne cette réalité !

Cette adaptation biologique est l'un des aspects remarquables de la lactation humaine.

Une mère qui allaite son bébé dès sa naissance

Recueillir son colostrum avant la naissance : pour qui et pourquoi ? 

Il est possible, dans certaines situations et avec la participation de l'équipe qui suit la grossesse, de pratiquer l’expression manuelle du colostrum pendant les dernières semaines de grossesse.

Pourquoi extraire le colostrum en anténatal ? L'objectif est de recueillir des petites quantités de colostrum disponibles afin de pouvoir les proposer au bébé après sa naissance si cela s'avère utile.

Cette pratique peut notamment être envisagée lorsque l'on sait que le bébé présente un risque d'hypoglycémie ou qu'une difficulté alimentaire est anticipée. C'est notamment le cas dans certaines grossesses avec diabète, pour certains bébés dont la prise en charge néonatale nécessite une séparation mère-bébé, ou dans certaines situations particulières.

Mais cela ne signifie pas que l'expression prénatale soit nécessaire pour toutes les femmes enceintes.

Elle doit être individualisée et discutée avec la sage-femme, le médecin ou l'équipe de maternité, notamment parce que certaines situations obstétricales ont besoin de précautions.

Pourquoi l'expression manuelle plutôt que le tire-lait ?

Le colostrum est épais et produit en petites quantités. Il peut donc être difficile de le recueillir avec un tire-lait.

L'expression manuelle est généralement privilégiée : elle permet de recueillir directement les gouttes de colostrum et constitue par ailleurs une compétence très utile à connaître pour les premiers jours après la naissance.

Apprendre ce geste avant la naissance peut permettre aux parents de se sentir plus à l'aise s'ils ont besoin de recueillir du colostrum après l'accouchement.

Il est recommandé de recueillir le colostrum dans un contenant adapté et de respecter les consignes d'hygiène et de conservation données par la maternité.

Comment exprimer manuellement le colostrum ?

L'expression manuelle peut sembler un peu déroutante au début, mais le geste est simple une fois qu'on l'a compris. Il ne s'agit surtout pas de tirer ou de pincer le mamelon : le mouvement se fait au niveau de l'aréole, en arrière du mamelon.

Pour visualiser concrètement ce mouvement, Jane Morton, médecin et spécialiste de l'allaitement à Stanford Medicine, propose une vidéo montrant l'expression manuelle du lait. Cette démonstration peut être particulièrement utile pour comprendre le placement et le mouvement des doigts.

Si l'expression manuelle vous semble difficile ou si vous souhaitez être guidée dans ce geste, il existe également un dispositif conçu spécifiquement pour faciliter le recueil du colostrum. Le Mammex, développé par Eomaia, propose notamment une approche guidée de l'expression et permet de recueillir directement les petites quantités de colostrum dans un contenant adapté. Il s'agit d'une aide et non d'un remplacement de l'expression manuelle. N'hésitez pas à consulter un professionnel de l’allaitement qui pourra vous accompagner dans cette étape.

Le colostrum: “petit” en quantité, immense en fonction

Le colostrum nous rappelle quelque chose d'essentiel : en matière d'allaitement, quantité et valeur ne sont pas synonymes.

Quelques gouttes de colostrum ne sont pas « insuffisantes » par définition. Elles correspondent à une étape précise de la lactation et accompagnent les capacités du nouveau-né et notamment celle de coordonner la succion-déglutition et respiration.

Pendant la grossesse, le corps prépare déjà cette première alimentation. Après la naissance, le colostrum accompagne les premiers jours, puis sa composition et son volume évoluent progressivement.

Et lorsqu'un bébé arrive plus tôt que prévu, le lait de sa mère présente lui aussi des caractéristiques qui peuvent différer de celles observées après une naissance à terme.

Le colostrum est ainsi bien plus qu'un premier lait : c'est l'une des premières façons dont le corps maternel accompagne la transition du bébé vers la vie extra-utérine.

Rappelons que l'alimentation de référence du nouveau-né est le lait de sa mère, lorsque l'allaitement est possible et souhaité. Le lait maternel est spécifiquement adapté aux besoins du nourrisson et évolue avec lui. Il ne s'agit pas seulement de nourrir : c'est aussi accompagner la maturation du système digestif et immunitaire et contribuer à la mise en place de son microbiote.

Une mère qui allaite son bébé à l'hôpital

Cela ne signifie pas que les premières expériences alimentaires déterminent à elles seules la santé future d'un enfant. Le microbiote et la santé sont le résultat d'interactions complexes entre la génétique, l'environnement, l'alimentation, les infections, les médicaments et de nombreux autres facteurs. Mais ces premiers contacts constituent une étape importante de cette histoire.

Et peut-être est-ce finalement l'une des choses les plus fascinantes de la nature humaine : dès ses premières heures de vie, le bébé est déjà en relation avec son environnement. Son corps, son alimentation et les micro-organismes qui l'entourent commencent à dialoguer et le colostrum est l'un des premiers éléments de ce dialogue.

Questions fréquentes sur le colostrum

Le colostrum est généralement jaune doré, parfois plus orangé ou plus clair selon les femmes. Il est aussi plus épais que le lait qui suivra.

Oui. Les seins fabriquent du colostrum dès le deuxième trimestre, mais il ne s'écoule pas forcément. Certaines femmes voient quelques gouttes, d'autres rien du tout. L'absence d'écoulement ne signifie pas que les seins ne produisent pas de colostrum, ni qu'il n'y aura pas de lait après la naissance.

Pas systématiquement. Le recueil anténatal peut être proposé dans certaines situations : risque d'hypoglycémie du bébé ou séparation mère-bébé prévue. Il se pratique dans les dernières semaines de grossesse et peut-être discuté avec la sage-femme, le médecin ou l'équipe de maternité, car certaines situations obstétricales demandent des précautions.

C'est possible, mais rarement le plus efficace. Le colostrum est épais et produit en petites quantités : l'expression manuelle permet de recueillir directement les gouttes et reste généralement privilégiée. Après la montée de lait, le tire-lait devient plus efficace ; voici nos astuces pour favoriser l'expression au tire-lait.

Oui le colostrum est produit en quantité adaptée à ses capacités des premiers jours, notamment à sa capacité à coordonner succion, déglutition et respiration. Quelques gouttes ne sont pas « insuffisantes » par définition. En cas de doute sur l'alimentation de votre bébé, parlez-en à la sage-femme ou à une consultante en lactation IBCLC.

Le colostrum est fabriqué dès la grossesse. La montée de lait, ou lactogenèse II, correspond à l'augmentation du volume de lait qui survient après la naissance, déclenchée par le changement hormonal lié à l'expulsion du placenta. La composition du lait évolue ensuite progressivement.

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