Une mère embrassant son bébé sur la tête

Perte de confiance en l'allaitement : le rôle des mots et des gestes

Par :   Françoise Coudray.   |  Categories :   Les débuts de l'allaitement

De nombreuses mères ressentent une perte de confiance en leur capacité à allaiter, sans toujours comprendre pourquoi. Souvent, ce sont des gestes ou des mots mal calibrés venus de la maternité ou de l'entourage qui fragilisent cette confiance. Retour sur les mécanismes en jeu, et sur ce que les professionnels formés à l’allaitement peuvent apporter pour redonner confiance aux mères. 

La première tétée, un moment de rencontre avant tout

La maman vient d’accoucher, son bébé est en bonne santé. Vient alors pour elle et son enfant l’heure des premières découvertes. Ces tout premiers instants favorisent une rencontre intime, presque amoureuse entre une mère et son bébé. Bien sûr, l'équipe soignante reste attentive, veille sur la famille et s’assure de la sécurité de chacun. Pour autant, lorsqu’il s’agit de la première tétée et de ces premiers instants, il peut être bon qu’elle reste présente et discrète, aussi bien dans ses gestes que dans ses paroles. 

Retrouvez notre conseil qui explique en détail l’importance de la première expérience de tétée dans L'allaitement, les premiers pas.

« Attendez, je vais vous aider » : quand l'aide en maternité interrompt l'allaitement 

Pourquoi à ce moment-là, certaines mères se voient-elles intimer l’ordre d’attendre une autorisation pour proposer le sein à leur bébé ? Blotti contre le corps de sa maman, le nouveau-né entame à son rythme une séquence naturelle qui l’amène à prendre le sein. C’est alors que certains s’empressent : « Attendez, je vais vous aider ». La maman se fige, cette parenthèse intime s'interrompt et devient dépendante de l’expertise d’un autre. Ses sentiments se mêlent : allaiter serait-il un acte si compliqué qu’il requiert une assistance technique ? 

A l’inverse, d’autres mères se sentent livrées à elles-mêmes. « Vous savez faire » leur dit-on sans plus d'accompagnement, et c’est alors un sentiment de panique qui peut les envahir, faute de conseils guidés.

Lorsque ce réflexe du « Attendez je vais vous aider » perdure tout au long du séjour en maternité, il finit par éroder la confiance en l’allaitement de la mère : comment est-ce que ça va se passer à la maison s’il y a autant besoin d’assistance pour chaque tétée ? Ce mécanisme n'est pas qu'une impression : diriger la mère au lieu de la laisser suivre son instinct freinerait la production d'ocytocine, l'hormone justement associée à la confiance et à l'attachement, nous détaillons ce lien entre ocytocine, accouchement et allaitement dans un autre article. 

Faire confiance aux compétences du nouveau-né et de sa mère

Bien accompagner, c'est avant tout savoir être présent à juste dose et s'adapter. Si la mère sait que bébé ne tète pas forcément dans les minutes qui suivent l’accouchement mais traverse une phase de repos avant de recommencer à être actif (qu'il peut téter ses doigts ou tâtonner) elle comprend que ces étapes font partie intégrante du processus naturel de l’allaitement. Cette connaissance renforce sa confiance et réduit son besoin d'instructions extérieures. 

Nouveau-né au sein de sa mère en salle de naissance

Quand certaines paroles fragilisent la confiance

Les remarques sur le corps de la mère

Les remarques sur la forme, la taille de leurs mamelons ou de leurs seins touchent les mères au plus profond. « Avec des mamelons plats comme les vôtres, vous ne pourrez pas allaiter ! », « vos seins sont trop petits ». Or, la plupart du temps, la taille et la forme du sein et des mamelons n’a pas de lien avec la capacité de production du lait mais peut simplement nécessiter quelques ajustements grâce à un accompagnement de qualité. 

Les remarques sur le comportement du bébé

D’autres commentaires, comme « c’est un goinfre celui-là » ou encore « vous avez là un bébé paresseux » sont autant de petites phrases susceptibles d’éprouver une mère. La consultante en lactation Nancy Mohrbacher évoque dans sa conférence, A Mother’s-Eye-View of Breastfeeding, une vieille dame qui ne se souvenait plus de son dernier repas, mais qui gardait un souvenir intact de son allaitement et de chaque remarque entendue à l'époque. Les mots ont un impact sur la suite de l’allaitement et de la vie d’une mère, bien les choisir est une nécessité.

lettres qui forment les mots yes you can

Pourquoi ces remarques marquent les mères allaitantes durablement 

Les paroles prononcées par les soignants et par l'entourage peuvent marquer une mère durablement, parfois pour de nombreuses années. Sans intention de blesser, certaines remarques peuvent malgré tout heurter profondément et fragiliser la confiance maternelle. Si certaines paroles vous ont particulièrement touchée, il peut être utile d'en parler avec un tiers, c’est une manière de mettre du sens sur ce qui a été ressenti, et parfois de s'en libérer. 

Cette pression n'est d'ailleurs pas propre aux tout premiers jours : elle se prolonge souvent bien au-delà, dès que l'allaitement dure "trop longtemps" aux yeux de l'entourage, nous l'expliquons dans notre article sur la durée physiologique de l'allaitement, loin des influences sociales.

L’avis des consultantes en lactation IBCLC de Grandir Nature sur l’accompagnement à l’allaitement

L'accompagnement de l'allaitement ne consiste pas à remplacer les compétences de la mère ou de son bébé, mais à les soutenir. Une consultante en lactation IBCLC sait qu'un nouveau-né en bonne santé, placé en peau à peau dans de bonnes conditions, possède des réflexes qui lui permettent d'appréhender naturellement le sein. Cette séquence comporte des temps d'observation, de repos, de mouvements, de tâtonnements : autant d'étapes normales qui ne nécessitent pas systématiquement une intervention.

L'expertise consiste précisément à distinguer ce qui relève de la physiologie de ce qui nécessite une aide. Intervenir trop rapidement peut parfois interrompre un processus naturel et faire naître chez la mère l'idée qu'elle ne saura pas faire seule. À l'inverse, lorsqu'une difficulté existe réellement, un accompagnement personnalisé, respectueux et fondé sur des données probantes peut prévenir les douleurs, améliorer le transfert de lait et restaurer la confiance.

L'objectif d’un professionnel qui accompagne l’allaitement n'est donc pas de rendre les familles dépendantes d’un savoir-faire, mais de leur transmettre des repères, de répondre à leurs interrogations et de renforcer leur sentiment de compétence. Le meilleur accompagnement est souvent celui qui permet progressivement au professionnel de devenir inutile, parce que la mère et son bébé ont trouvé ensemble leur propre équilibre.

Ce lien de confiance, construit dès les premiers jours, ne s'arrête pas au démarrage de l'allaitement : il participe pleinement à la construction du lien d'attachement entre la mère et son enfant. Delphine Dumoulin, IBCLC, revient plus en détail sur ce sujet dans notre article Allaitement et attachement mère-enfant : ce que dit une IBCLC.

- Colson S. Biological Nurturing

- OMS et recommandation sur le peau à peau et IHAB

- Dr Marc Pilliot « Le regard du naissant », 2005. 

- Ashley Montagu, la peau le toucher : un premier langage

- Photos Canva et Pexels de Ann H

Françoise Coudray, consultante en lactation IBCLC, formatrice et conférencière, est également la présidente fondatrice de l’A.D.J.+ (Allaitement des jumeaux et plus)

Cet article a été mis à jour par l’équipe Grandir Nature.

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