Un père et son bébé dans la chambre

Quel est le rôle du père dans l’allaitement maternel ?

Par :   Thomas Ritou.   |  Categories :   La place du co-parent

Quand la mère allaite, le père se demande souvent comment créer du lien avec son bébé et trouver sa propre place. C'est une interrogation légitime, qui découle des évolutions rapides de notre société sur le rôle du père. Entre le poids de l'histoire, la pression sociale qui pèse sur les mères allaitantes et l'envie de s'investir autrement qu'avec un biberon, il existe pourtant de nombreuses façons pour un père de tisser un lien père-enfant fort. Thomas Ritou, infirmier puériculteur et consultant en lactation IBCLC, fait le point. 

Comment le rôle du père a évolué à travers l’Histoire ?

Avant la Révolution française, le père incarnait l'autorité et était responsable de l'éducation de ses enfants et de leur intégration dans la société. De son côté, la mère avait la charge de la santé, de l'hygiène et de l'alimentation. Au fil des siècles, le pouvoir patriarcal absolu a commencé à s'estomper. Le rôle du père a évolué vers une posture protectrice, chaleureuse et compréhensive. 

Progressivement, la domination totale du père sur sa famille a disparu et en 2002, une loi [1] en France, a renforcé l'égalité des parents dans l'exercice de l'autorité parentale, en reconnaissant que les décisions importantes concernant l'éducation et la vie des enfants doivent être prises conjointement par les deux parents, indépendamment de leur statut marital ou du sexe des parents. Ces mutations rapides ont parfois occasionné de la confusion : les pères ne peuvent plus se fier à l'image de leur propre père et doivent trouver une nouvelle voie.

Pourquoi la société met-elle autant de pression sur les mères allaitantes?

La place des mères, et en particulier allaitantes, n'est pas simple non plus. En effet, à mesure que les prérogatives du père diminuent, les contraintes extérieures se font de plus en plus fortes. La société impose ses propres normes et ses dictats : elle définit ce que c’est qu’être une « bonne mère ». L’allaitement repose sur un processus physiologique naturel, mais sa mise en place peut demander du temps, de l’expérience et parfois un accompagnement. De plus, allaiter au-delà du congé maternité interroge et est souvent difficile à assumer face aux regards des autres. Les jeunes mères se retrouvent parfois démunies, sans personne vers qui se tourner pour obtenir des conseils et du soutien, surtout si elles n'ont pas de modèles de la génération précédente qui n'a pas toujours valorisé l'allaitement. Dans ces circonstances, les pairs au sein d'associations de soutien et, au quotidien, le père, deviennent des appuis essentiels.

Pour savoir quelle est l’influence sociale sur la durée de l’allaitement, consultez notre article Quelle serait la durée d’un allaitement sans influence sociale ?

La place du père se résume-t-elle à donner un biberon ?

Des études [2] montrent que le soutien actif du père est associé à une durée plus longue de l'allaitement maternel.

Mais alors, comment le père peut-il contribuer à aider une mère allaitante ? En participant à l’alimentation, comme par exemple en offrant un biberon de manière occasionnelle ? C’est en tout cas souvent la place que l’on voudrait lui donner ou celle que la mère est prête à lui accorder.

Pourtant, il existe d’autres façons de prendre sa place auprès de son enfant allaité : s’impliquer, être présent lors des rendez-vous de suivi de l’enfant, pas seulement pour l’allaitement d’ailleurs. Le père pourra ainsi porter avec la mère le projet de vie de l’enfant auprès des professionnels, l’expliquer et le défendre si besoin. Il pourra aussi amener son propre regard sur l’enfant, sa compréhension des enjeux et son analyse.

Un père qui est présent à un rendez-vous médical avec sa femme

Le père, un soutien essentiel à la réussite de l’allaitement 

Ainsi la mère n’est plus seule à endosser la réussite du projet parental. Si besoin, le père pourra défendre l’allaitement et d’autres choix éducatifs vis-à-vis de l’entourage et décharger la mère d’une pression inutile. Il joue un rôle similaire à celui du système immunitaire pour la famille en préservant la bulle mère-enfant essentielle à son développement.

Le père a également un rôle actif à jouer en soutenant la mère : il s'efforce de lui permettre de passer autant de temps que possible avec son bébé. Cela peut impliquer de préparer les repas, lui apporter de l'eau, un thermos de sa boisson chaude préférée ou une collation, faire le ménage, faire les courses, distraire et s’occuper des aînés s’il y en a, ou même organiser de l'aide pour l’alléger des nombreuses tâches quotidiennes qui lui incombent. Il peut faire intervenir un membre de la famille, un·e ami·e, un·e Technicien·ne de l’Intervention Sociale et Familiale (TISF), un·e employé·e de maison… pour soulager la mère. Ces actions visent à minimiser le stress et la sécrétion de cortisol, qui facilitent l’allaitement lorsqu’ils sont réduits.

Dans le tumulte des journées bien chargées avec un nourrisson, le père peut se montrer inventif : diffuser une musique apaisante, prendre le temps de se poser pour échanger, se comprendre mutuellement, pratiquer des massages. Partager de bons moments en famille contribue en effet à augmenter la production d'ocytocine (l'hormone du bonheur) et, par conséquent, favorise l'écoulement du lait et facilite le bon déroulement de l’allaitement. 

Comment le père peut accompagner l’alimentation de son bébé nourri au sein ?

On vient de le voir, le rôle du père est déjà bien riche au regard des exigences du quotidien avec bébé. Pourtant, ce qu'ils recherchent le plus souvent est de participer à l'alimentation en donnant le fameux biberon !

Prudence avec celui-ci : il peut amener le bébé à sauter une ou plusieurs tétées à préferer le débit du biberon plus constant que celui du sein, et par la suite mettre à mal l'allaitement. Il convient de demander l’avis d’un professionnel spécialisé (consultant en lactation) en cas de doute. 

Un excellent moment que le père peut investir pour intervenir directement dans l’alimentation de l’enfant survient avec la diversification alimentaire qui débutera aux alentours des 6 mois de l’enfant. Là, le père aura tout loisir d’aider aux repas, de faire découvrir de nouvelles saveurs et finalement d’élargir l’univers gustatif de son enfant.

Un père qui donne à manger à son bébé

Créer un lien avec bébé sans passer par le biberon 

Il est vrai que la mère a un lien unique avec l'enfant qu’elle a porté. Dans ce même temps, le père a pu entrer en contact avec son bébé par la voix et au-travers du ventre de la mère. Certains ont recours à des cours d’haptonomie prénatale qui confirment leur place privilégiée auprès du bébé à naître. De nombreux pères apprécient de prolonger ce mode de communication par le biais de massages, de portage physiologique ou de contact peau-à-peau. Ainsi, ils peuvent à la fois renforcer leur présence auprès de leur enfant, tisser un lien à leur manière et soulager leur compagne. Ils apprennent à connaître leur enfant, comprendre ses comportements. Celui-ci devient plus tonique, plus éveillé, plus paisible et souriant, ce qui va faciliter l’allaitement. 

Enfin, lorsque le père s'implique activement, cela entraîne des changements hormonaux qui se traduisent par une modification de la libido et une augmentation de l'empathie envers l'enfant et la mère. Ces transformations favorisent une meilleure harmonie dans le couple.

Pour conclure, la place du père n’est pas bien définie dans notre société, ou du moins, elle est protéiforme et l’allaitement n’y change finalement pas grand-chose. Il est temps de se demander si toute la responsabilité sociale des enfants doit encore reposer aujourd’hui sur une seule personne. Ainsi, pour trouver sa place auprès de l’enfant, le père peut être amené à cheminer avec la mère et accepter de prendre vis-à-vis de l’entourage les mêmes responsabilités qu’elle dans le projet porté pour l’enfant, y compris le choix de l’allaitement maternel.

Note : Même si ce billet ne traite pas des enjeux pour le co-parent dans un couple LGBT ; le rôle du co-parent est toujours essentiel pour la réussite de l’allaitement, le bien-être de l’enfant et celui du couple.

Une famille LGBT avec son bébé

(1) Loi n° 2002-305 du 4 mars 2002 relative à l'autorité parentale

(2) Barrera I, Melgar AI, Rasmusson A, et al. (2019). Father's involvement and breastfeeding duration: A systematic review and meta-analysis. Matern Child Nutr, 15(5), e12839. doi: 10.1111/mcn.12839

- Ystrom E, Niegel S, Klepp KI, et al. (2008). Effect of maternal negative affectivity and perceived stress on breastfeeding duration. Journal of Human Lactation, 24(1), 49-58. doi: 10.1177/0890334407310383

- Meedya S, Fahy K, Parratt JA (2010). Supporting women to achieve breastfeeding to six months postpartum – a literature review. Women and Birth, 23(2), 54-61. doi: 10.1016/j.wombi.2010.01.001

- Photos Pexels de Anna Shvets, RDNE Stock project, https://kaboompics.com/ et Canva

Thomas Ritou est consultant en lactation IBCLC. Infirmier de 2008 à 2013, il a travaillé en clinique et à l'hôpital, notamment en maternité en Nouvelle-Calédonie. Diplômé en 2014 en tant qu'infirmier puériculteur, il a ensuite dirigé une crèche jusqu'en décembre 2018, où il formait le personnel et proposait des consultations d'allaitement. Il s'est également initié à la méthode Pikler en 2008. Depuis 2019, il exerce une activité indépendante et propose des consultations petite-enfance et allaitement ainsi que des formations à destination des professionnel·le·s de santé.

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